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Enquête linguistique au village de A Ser (2002, 2004)

Le village de A Ser (appelé 文化 en chinois) appartient à la même aire dialectale que la ville de Lijiang : celle des dialectes na (naxi) dits occidentaux. Le parler de A Ser conserve un plus grand nombre d'oppositions phonémiques que celui de la ville, dont certaines que je n'ai pas observées ailleurs (et qui n'étaient pas mentionnées dans les travaux antérieurs sur la langue na). Quoique assez peu distant de la ville de Lijiang (une vingtaine de kilomètres), A Ser est un village géographiquement enclavé, et peu prospère, qui ne voit guère de passage. J'ai séjourné cinq fois à A Ser, et y ai travaillé avec cinq locuteurs, mais en habitant toujours dans la même famille. M. He Xixian cumule les rôles de maître de maison, de locuteur principal et d'ami. Il aime tourner en dérision les politesses des citadins, et a son franc-parler. Au début il croyait que je voulais recueillir des récits folkloriques, maintenant il a compris que c'est la langue parlée qui m'intéresse, et participe bien volontiers à l'enquête. Il me reprend sans détours quand je me trompe.

Les hôtes, qui me voyaient au supplice sur les tabourets locaux, sont soulagés de me voir à l'aise sur ce poste de travail ergonomique improvisé.

Avant un enregistrement électroglottographique : photo pour conserver trace du positionnement des capteurs.

Quand on est un tant soit peu perfectionniste, qu'on veut des enregistrements audio de bonne qualité (pour réaliser de beaux spectrogrammes, et utiliser le son pour des tests de perception), réaliser un enregistrement sur le terrain est toute une affaire. Il faut trouver un moment où il ne pleuve pas à verse, où il y ait du courant (les coupures sont fréquentes et longues), où le locuteur n'ait pas de travaux à accomplir... Pour limiter les bruits parasites et l'écho, il est très utile de capitonner sommairement le lieu où on enregistre. Après divers essais, le lieu retenu est un coin du bâtiment qui se trouve sous la toiture de bois, derrière une grande pile de bûches. Des toiles posées sur le sol, et sur des vanneries placées contre les murs, limitent l'écho du sol de ciment et des panneaux de bois. Une bâche tendue à l'entrée de ce "studio de terrain" améliore encore l'acoustique, et signale à la maisonnée qu'un enregistrement est en cours.

Pour prix de ces efforts, on obtient un signal audio qui n'a rien à envier à ceux enregistrés en studio à Paris, Cambridge ou Pékin.

A l'arrière-plan, derrière les piles de bois, l'emplacement choisi pour les enregistrements.

Le " studio " pendant l'enregistrement.

 

He Xixian et quelques enfants du village. A la campagne, les minorités ethniques ont le droit d'avoir deux enfants.

Les grands-parents et deux de leurs petits-enfants. He Xixian a également deux petites-filles.

Travaux des champs. La cape de crin garde le dos au sec et au chaud pendant les travaux sous la pluie.

La maison voisine de celle de M. He Xixian est habitée par deux octogénaires qui préfèrent rester au village, où ils ont leurs habitudes, plutôt que d'habiter avec leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits enfants partis s'installer à la ville. Les locuteurs les plus âgés sont souvent les moins bilingues (lui connaît un peu le dialecte yunnanais du chinois, elle pas du tout) et en ce sens les meilleurs connaisseurs de la langue, mais vient un âge où la parole devient moins audible, et l'échange avec l'enquêteur plus difficile. Je travaille essentiellement avec des locuteurs d'une cinquantaine d'années.

 

Photos A. Michaud. Mise en ligne : printemps 2006. Dernière mise à jour : 12 juin 2008.

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